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Suite : Les vétérinaires sont affligés par le deuil
La première est souvent l’une des plus traumatisantes, car les jeunes qui la pratiquent constatent avec effroi qu’ils répèteront cette intervention plus souvent qu’à leur tour. «C’est souvent à eux qu’on demande de procéder aux euthanasies. Ils ne sont pas préparés à ça», déplore Mme Lamothe.
Selon la diplômée en psychologie, qui est déjà sollicitée pour donner des conférences sur la question à la Faculté de médecine vétérinaire, la formation des étudiants comporte des lacunes. «Les vétérinaires doivent suivre un cours en psychologie afin de savoir comment interagir avec leurs clients. Mais un seul cours en cinq ans, est-ce suffisant? On nous répond que la formation est déjà si dense que l’ajout de cours de sciences humaines ne serait pas très apprécié des étudiants. Peut-être, mais ils vivront des situations difficiles après l’université.»
En fait, le vétérinaire passe beaucoup plus de temps avec des êtres humains qu’avec des animaux. Les hommes et les femmes, sans parler des familles entières, qui se présentent avec leur animal blessé ou malade dans leurs bras sont très souvent affectés émotivement. Le vétérinaire devient, malgré lui, un spécialiste de la relation d’aide, voire un thérapeute autodidacte.
Le fait d’être confronté à la mort est généralement une étape existentielle troublante. Dans la thèse d’Anne-Marie Lamothe, on peut lire que «le passage de la vie à la mort est une situation dont le vétérinaire est souvent témoin au travail. Il doit accepter le choc que cela produit pour lui-même en plus de le percevoir jour après jour dans les yeux de ses clients. Parfois les clients sont témoins de ce passage entre la vie et la mort pour la première fois dans le bureau du vétérinaire.»
Des vétérinaires ont rapporté des gestes hostiles, voire violents, de la part de leurs clients. Comme s’ils étaient responsables de la mort de leur bête. D’autres ont été harcelés au téléphone par des propriétaires éplorés et inconsolables. Ces raisons expliqueraient peut-être la désaffection pour le métier de nombreux vétérinaires, qui choisissent de consacrer la suite de leur carrière à la recherche ou d’occuper des emplois connexes. «Encore là, il est difficile d’obtenir des chiffres sur cette question, mais plusieurs personnes interviewées nous ont parlé de ce détachement parmi d’anciens collègues.»
Conflit de valeurs
Pour éviter de devenir des abattoirs d’animaux domestiques, certains cabinets en milieu urbain refusent de pratiquer les euthanasies. Les vétérinaires considèrent que cet acte n’est pas un service médical. Toutefois, pour des raisons éthiques, d’autres ont une approche diamétralement opposée. Selon ces derniers, l’euthanasie sur demande est un bon moyen d’empêcher la propagation d’animaux errants ou maltraités.
Il est vrai que la responsabilité du contrôle des populations animales incombe en partie aux médecins vétérinaires. Mais il est difficile de laisser sa sensibilité au vestiaire. «Il y a aussi la logique marchande, reprend la psychologue. Si vous refusez d’effectuer des euthanasies, votre client risque d’aller frapper à la porte de votre compétiteur qui, lui, offre toute la gamme des services.»
En bonne psychologue, Anne-Marie Lamothe suggère aux vétérinaires de multiplier les occasions d’exprimer leurs malaises quant à cette question du deuil. Mais ce n’est pas toujours facile; en effet, comme dans toute profession libérale, les vétérinaires sont en compétition les uns avec les autres. Ils n’ont donc pas toujours le réflexe de partager entre eux les moments difficiles.
«Les questions soulevées par cette thèse touchent des milliers d’individus qui ont choisi cette profession par amour des animaux et de la vie, écrit Anne-Marie Lamothe. Chaque fois qu’une bête souffre et meurt, chaque fois que le vétérinaire sauve un de ces êtres si précieux aux yeux de son propriétaire, il accomplit un grand geste. Chaque geste porte une charge émotionnelle et il est important que les vétérinaires mobilisent leurs efforts pour le vivre le mieux possible.»
Mathieu-Robert Sauvé
Source : http://www.iforum.umontreal.ca/
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